Dimanche 22 octobre 2006
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19:06

Premier soleil, dernier soleil, nous voila partis dans la nature main dans la main, ou dans les mains d'un autre. Je ne sais pas encore qui part et qui reste, qui se stabilise ou qui perd pied. Moi je continue, une longueur devant. C’est pas marche ou crève, je suis trop calme. Paisible.Saison oblige, le sol commence à pourrir légèrement sous mes pas. Je continue ma marche imperturbablement. Il a plu il y a peu de temps et à chacun de mes pas, mes pieds s’enfoncent un peu dans le sol, et un peu plus de boue reste collée à mes chaussures, ça m’amuse. Sur le bord du chemin, je m'arrête une fois ou deux pour m’essuyer les pieds sur l’herbe et pour cueillir des prunelles. C’est âpre dans la bouche.
Le chemin mène à un jardin d'enfants sans enfant, entouré de petites haies bien taillées. Au milieu, un portique en bois moisi, sans balançoire, des bancs recouverts de mousse, et du verre brisé mêlé aux petits cailloux sur le sol. Rien d’autre en ce mystérieux endroit. Je sais que si je m'arrête là, un chasseur malintentionné va probablement essayer de me tirer dessus. C'est la saison de la chasse, il faut faire attention à ne pas ressembler de trop près à un lièvre ou une perdrix. Je reviendrai ici quand je saurais quoi y faire, pas avant.
Je suis maintenant un cours d'eau. Je marche longtemps, jusqu'à qu'une pierre au pied d'un saule me semble assez sèche pour que je m'y assoie. Perdu dans mes pensées, je reviens à moi lorsqu'une balle frôle mon oreille et va se loger dans la tête d'un écureuil qui grimpait sur un arbre en face de moi. Je ne sursaute pas. J’observe l’animal collé au tronc de l’arbre, qui ressemble maintenant à une touffe de poils dans un magma ensanglanté. Connards de chasseurs. Je ne les aime pas vraiment.
On n’est jamais à l’abri d’une balle perdue. Quand je me reproche mon individualisme, on me répond de me battre, d’avancer, de faire ce que je veux et d’avoir confiance. Alors je crois que j’ai compris quelque chose de nouveau, et, probablement un peu plus radical, ici et ailleurs, armé jusqu’aux dents (j’avais prévenu), je ne laisse plus personne me ralentir. Le chasseur, c’est moi. En ce début d'automne, je ne erre plus dans la forêt. Je sais où je vais, et j’y vais sereinement, en prenant tous les détours que j'ai envie de prendre. Et cet hiver je serai loin.